25 ans. Il aura fallu 25 ans, et un "drame" familial pour que mon
grand-père commence à me parler. 25 ans, pour en arriver à un point où, en
dehors de nos caractères insupportables, et d'un goût immodéré pour la
bonne chair et les bons vins, nous aurions quelque chose en commun: un
sentiment de solitude, dont j'ai déjà parlé ici-même (voir le texte "de la
solitude").
Pourtant, la journée s'annonçait calme, réveil à 10h, rien de prévu de
la journée, à part l'emmener à un rendez-vous chez l'ophtalmologue, à 14h
-- durant lequel j'en ai profité pour me connecter d'un point wifi, quelque
part en ville. Après être rentrés, il a vaqué à ses occupations jusqu'à ce
que nous prenions le thé (le 5 o'clock tea est un peu devenu une tradition,
ici). Il m'a alors parlé du sentiment de solitude qu'il ressent lorsqu'il
rentre, le soir, dans sa maison. Quelque chose, ou plutôt quelqu'un,
manque. Ô, combien je le comprends... Combien de fois suis-je moi-même
rentré dans mon appartement le soir, après d'innombrables soirées avec des
amis, pour me dire en ouvrant la porte, que j'étais finalement seul,
totalement ? Personne ne m'attend. Nulle part. Mais comme le dit mon
grand-père, j'ai toute la vie devant moi... 55 ans nous séparent, et lui se
dit que sa vie est finie -- ce qui, bien sûr, me fait du mal. Il n'a plus
d'amis autour de chez lui, et je suis pourtant certain qu'il serait ravi de
faire une belotte. Nous en avons parlé -- sa seule réponse a été "je n'ai
plus envie de rien". Il m'a pourtant parlé de billard, du voisin qui y joue
dans un club au bout de la rue, mais ce diable d'homme est aussi borné que
je peux l'être: il sera très difficile de le pousser à aller se faire de
nouveaux "amis" au club du 3ème âge qui se trouve à 2 pas. Comment lui
reprocher ? Je vais moi-même très difficilement vers les autres... Il m'a
percé à jour, d'ailleurs: "tu caches ta timidité sous une sacrée dose de
culot".
Comme ils disent à la météo, "phénomène rarissime et de courte durée".
C'est à peu près ce que je pense de cette trop courte conversation que nous
avons eu, lui et moi, cet après-midi. Un moment où il a exprimé ce qui lui
pèse sur le cœur, et où je me suis dit que nous sommes très semblables. Je
ne peux malheureusement rien faire, et le savoir me ronge. Je rentre à
Paris demain, le cœur lourd, triste et joyeux à la fois, content de
rentrer, mécontent de partir et de le laisser dans cet état... Mais j'ai
aussi besoin de me retrouver un peu seul. Faire le point. Et également,
réfléchir à mon avenir qui dans l'immédiat ne s'annonce pas vraiment
rose... J'ai beaucoup de mal à lancer Cusae, et bien évidemment mon état
plutôt dépressif de ces dernières semaines rejaillit sur mes relations
sociales diverses et variées. Je crains de n'y laisser des amis...
J'ai les idées noires depuis un mois. Amis lecteurs, ne m'en veuillez
pas... N'hésitez d'ailleurs pas à râler, sinon je risque fort de
continuer. Je préfèrerais vous conter des succès plutôt que des drames, des
réussites plutôt que des chutes...